dimanche 23 septembre 2018

12 leçons du Camino : comment la marche vers Saint Jacques transforme…

Il y a un peu plus de 4 mois, le 8 mai 2018, j’atteignais Saint Jacques de Compostelle au terme de 40 jours de déambulation, parcourant ainsi 800 kilomètres dans le nord de l’Espagne en partant de Saint Jean Pied de Port. Pendant tout le voyage à pieds, j’ai tenu un journal et à la fin je me suis questionné sur les apprentissages. Ce voyage je l’ai vécu avant tout comme un rêve et comme une expérience pour voir sur moi en quoi ce chemin pouvait être une voie de transformation. Notamment en tant que coach carrière pour en parler, le conseiller aux autres.
Le temps de revenir et me voilà aujourd’hui vous livrant mes leçons du camino (chemin en espagnol). Il existe plusieurs chemins en Europe qui mènent au tombeau de l’apôtre Jacques. Celui que j’ai suivi s’appelle le « camino frances » ou « chemin français » dans la langue de Cervantes. Mon témoignage est forcément quelque chose de subjectif. J’avais lu pas mal de livres de pèlerins sur le sujet avant de partir et j’ai rencontré plusieurs pèlerins récidivistes qui ont partagé avec moi leurs ressentis, leurs leçons de caminos précédents. Je me retrouve parfois dans leurs retours, parfois pas. Si vous connaissez le chemin, il en sera de même pour vous à me lire.


1. RALENTIR : dès le deuxième jour, je comprends que cela n’a pas de sens d’arriver trop tôt (midi) à l’étape. Donc je marche à mon rythme toujours bien sûr (soit assez soutenu) mais je prends le temps le matin de lire le journal local, qui sait de m’arrêter déjeuner même à quelques kilomètres de l’étape. De retour, c’est quelque chose que j’expérimente encore plus comme par exemple la pause « lecture de Libé ou du Monde » dans une matinée de télétravail, etc.

2. ADMIRER LA BEAUTE DU MONDE : Dostoievski dit « la beauté sauvera le monde ». Je pense que la beauté, au sens beauté de l’univers telle qu’elle se manifeste dans la nature jusqu’aux œuvres artistiques, engendre des expériences émotionnelles qui nous rapprochent de Dieu. C’est la facette spirituelle du voyage que j’ai vécu bien sûr. Il s’est agi avant tout de la beauté de la nature et de la beauté des églises qui m’ont mis face au spirituel au sens large moi l’agnostique qui ai été élevé dans la religion catholique. Ces expériences du beau, je les vivais bien sûr avant le voyage mais le camino a mis plus de relief à ses expériences dans ma vie. Au retour, j’en fait l’expérience avec plus de conscience et je pense en avoir augmenté la fréquence.


3. SOURIRE AUX GENS : et il faut ajouter et surtout à ceux qui ne sourient pas car c’est eux qui en ont le plus besoin. J’ai vu cela écrit quelque part sur une pancarte sur le chemin et cela m’a marqué. Ceux qui ne sourient pas ont souvent une bonne raison : tristesse, etc. et bien sûr c’est évident qu’ils ont peut-être encore plus besoin d’en recevoir, des sourires. C’est la logique du don : tu ne me souris pas et pourtant je choisis de te sourire. De retour à Paris, les mines renfrognées du métro, je vous souris, n’est-ce pas ? 

4. 1 JOUR A LA FOIS : le camino, comme toute parenthèse (ou mini-retraite comme le dit si bien Tim Ferriss dans « la semaine de 4 heures ») est un espace-temps incroyable. C’est la 3ème fois que je connais ce sentiment après 2007 où j’ai fait un tour du monde autour de projets éducatifs et environnementaux et 2012 avec un break estival de 6 semaines en Argentine. Alors voilà tout ça pour dire que malgré l’objectif qui peut paraître énorme (800 kms), il ne s’agit au final que de 40 fois 20 kilomètres. Vu comme cela c’est plus simple. A mon retour, j’ai encore plus conscience que de lotir un objectif en sous objectifs est aidant.

5. SUSPENDRE LE JUGEMENT : j’ai toujours su que j’étais plus indulgent sur les gens d’autres pays que sur mes compatriotes car j’ai toujours supposé la différence culturelle comme une raison possible et du coup cela m’a invité à de la tolérance. L’idée de cette tolérance sur le chemin, elle m’est notamment venue d’un graffiti à Sarria, proche de l’arrivée : ne pas se moquer de ceux qui commence près de l’arrivée. Très bien vu. Bon alors… le prochain qui me double à la file du supermarché… je lui souris 😊

6. #BLACKHUMOUR : la meilleure preuve est peut-être mon commentaire précédent. J’ai intégré par des retours sympathiques de mes 2 camarades de marche australiennes que cela était un de mes traits de personnalité et au final un atout. De retour, j’assume !

7. LA CAMINOTHERAPIE : c’était le test, le terme je l’ai vu et bien sûr ce néologisme sublime m’a parlé. Bref, il me faudra quelques mois et quelques années pour en mesurer la puissance mais c’est pour moi une évidence comme le dit Thoreau dans son court essai « Marcher » que j’ai lu sur le camino, marcher est thérapeutique. De retour à Paris comme depuis le début du fiasco du Vélib je marche dans Paris et c’est assez chouette c’est vrai. La marche parfois méditative me permet de me poser.


8. MEDITATION : en lien direct avec le point précédent, c’était parfois en pleine conscience sur des morceaux du chemin que j’ai médité. Après le stage de MBSR fait cet hiver, de retour, la prochaine étape sera le désormais incontournable Vipassana (retraite méditative de 10 jours en silence).

9. DISCUSSIONS CREATIVES – « COACHING CORNER » : un camino est unique car les personnes que l’on rencontre sont là juste sur celui là dans leur masse. Ainsi j’ai rencontré de nombreux récidivistes ! Ces rencontres donnent lieu à de belles discussions. La notion de « Coaching Corner » est l’idée farfelue d’installer quelque part sur le chemin un coin du coach pour coacher les pèlerins en besoin. De retour, je me dis que l’idée suivra son cours…

10. SUIVRE LES FLECHES JAUNES : le camino est super bien balisé… avec des flèches jaunes. Il y a une vraie forme de légèreté à suivre un chemin balisé. Contrairement aux randos que je peux faire où il faut repérer la trace, la suivre avec attention, là le camino se veut plus léger. De retour à Paris, c’est l’idée qui m’est parfois difficile de suivre la voie convenue, de refaire quelque chose à l’identique. J’en mesure plus les avantages, sachant que toujours la place est là d’exercer sa liberté.

11. PRENDRE SOIN DE SON CORPS : le camino est une épreuve pour le corps et notamment pour les pieds. Bref, j’ai appris à les masser, le matin, à mi-étape et à l’arrivée. De retour à Paris, c’est un rituel que je maintiens dans les marches. Je ne le faisais pas auparavant.

12. CE QUI COMPTE PLUS QUE TOUT C’EST L’EXPERIENCE, PAS D’ARRIVER
« Caminante no hay camino. Se hace camino al andar. Y al volver la vista se ve la senda que nunca se ha de volver a pisar »
« Toi qui marche il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant et lorsqu’on se retourne on voit le sentier que jamais on n’empruntera à nouveau »

C’est la grande leçon du camino. C’est la vie. Arriver, c’est le blues souvent et on veut autre chose, souvent plus haut, plus grand, etc. Il s’agit donc d’apprécier le chemin pour lui à l’échelle du mois, de la journée, de l’heure, sans s’ presser… de vivre l’instant présent et de le savourer pleinement. De retour, l’idée de tout ralentir pour savourer tout encore plus est devenue centrale. Il s’agit alors d’assumer ce ralentissement dans un système à l’opposé où tout va plus vite à chaque seconde.

Alors, vous partez quand?


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